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Par Alban Cousinié.

Après la fermeture de la chirurgie et de la maternité, un nouveau coup est porté aux services de santé locaux de l’hôpital de Die dont on diminue cette fois le nombre de lits et ou l’on réduit les équipes d’aides-soignantes de 3 à 1 seule sous prétexte de « réorganisation », mot valise pour masquer la réalité des coupes budgétaires et l’avancée du désengagement de l’état.

Comment comprendre que chaque année nos impôts ne cessent d’augmenter, alors que nos services publics ne cessent de se réduire ? Quelle est l’origine du problème ? Et quelles sont nos possibilités de résistance face à ces régressions ?

Tout d’abord, prenons un peu de hauteur. S’agissant des impôts, on ne se laissera pas leurrer par la baisse annoncée par le gouvernement, comme par hasard à la veille des élections Européennes et alors qu’on se rapproche de la prochaine présidentielle : on connait la musique. Ainsi sous le quinquennat de François Hollande, les mesures de hausse des prélèvements obligatoires ont été de 2,1 points de PIB alors que les baisses en fin de mandat s’élevaient à 0.3 points, annoncées cette fois à grand renfort de communication dans les médias. Ainsi on aimerait nous faire croire qu’on nous rend ce qu’on nous a pris ! Il n’en est rien et les Français dont le budget est le plus serré l’ont bien constaté à leurs dépens.

Cette hausse continue des prélèvements est à mettre en relation avec l’explosion de la dette publique de la France, qui est désormais d’un montant de 2300 milliards d’euros, soit 100% du produit intérieur brut (la richesse produite chaque année par l’ensemble des Français) ou plus concrètement 34 200€ par Français (qu’il s’agisse d’un bébé, d’un actif, d’un handicapé ou d’un retraité…). Son montant en valeur absolue dépasse la dette de la Grèce. Plus de 40 milliards d’euros sont consacrés chaque année au remboursement des seuls intérêts, c’est à dire l’équivalent du déficit public du pays. Nous sommes actuellement en train de passer le seuil ou la dette devient hors de contrôle et notre capacité à la rembourser disparaît. Nos gouvernements successifs sont asphyxiés par une dette publique qu’ils sont devenus incapables de maîtriser, mais pour garder la face chaque année ils s’autocongratulent de ne faire un déficit « que » de 3% ! Ce faisant, ils mènent une politique à crédit sur les générations futures, et ils n’ont objectivement aucune intention de commencer à rembourser la dette, ce qui anéantirait leur seule marge de manœuvre budgétaire. Ainsi la dette publique de la France est le grand tabou, la grande oubliée de tous les débats politiques.

Dans ce contexte et en l’absence de créativité et de vision à long terme, les possibilités pour les gouvernements libéraux se résument à déshabiller Pierre pour habiller Paul. On veut réduire les charges fixes, celles qui reviennent chaque année et représentent des volumes importants, et affecter les sommes dégagées à la stimulation de l’économie et donc des entreprises, dans une fuite en avant visant à restaurer des taux de croissance digne des 30 glorieuses, époque bénie d’abondance dans l’imaginaire collectif de tout ce vieux monde qui est au pouvoir. Ainsi le CICE n’est autre qu’une subvention déguisée aux entreprises Françaises destinée à les aider à réduire leurs prix à l’exportation, et ce faisant limiter la destruction d’emplois. Les libéraux tentent de soutenir l’économie en taillant dans le gras, c’est-à-dire en réduisant les services publics. Et tout y passe : les hôpitaux, les remboursements de médicaments, l’éducation, les droits aux allocations chômage, les services sociaux…

Si l’on suit leur logique, tout cela peut avoir un sens qu’on pourrait résumer par « reculer pour mieux sauter ». Sauf que c’est oublier que la croissance économique infinie est impossible dans un monde aux ressources finies. Or on aura beau reculer, on ne sautera plus : les limites de ce monde, nous les avons déjà franchies : nous assistons désormais à l’effondrement du système terre du fait de nos prélèvements excessifs sur les ressources, des atteintes que nous portons à la biodiversité et de la pollution que nous déversons dans l’air, les mers et les sols. A bien y regarder, nous n’avons déjà plus en France suffisamment de charbon, de pétrole, de métaux bruts et autres ressources minières pour fabriquer la masse considérable des biens que nous consommons et jetons allègrement dans nos poubelles. Nous sommes désormais obligés d’importer la plupart de ces biens de l’étranger, de pays à faible niveau de vie et de prestations sociales, qui puisent dans leur environnement les ressources dont nous avons besoin, en pensant y trouver leur compte grâce à leur développement économique. Pourtant il ne faut pas s’y tromper : l’état des écosystèmes, de l’air et des cours d’eaux dans ces pays usines, et notamment en Chine, est catastrophique et les conséquences de notre mode de vie sont bien réelles même si elles sont éloignées de nos regards.

On s’éloigne du sujet nous direz-vous ? Pourtant il faut bien remonter dans ces niveaux pour comprendre que notre modèle de société vit sous perfusion, car dans notre monde moderne tout est interconnecté. Notre niveau de vie se maintient à peu près parce que nous le nourrissons des ressources d’autres pays moins développés. Mais avec notre prédation sans cesse croissante sur les matières premières et l’énergie, leurs couts augmentent, les crises se multiplient et déjà notre modèle commence à fléchir. La crise des gilets jaunes est un symptôme : les moins lotis sont les premiers touchés. Une fois que l’on a compris cela, on réalise que tout notre système fonctionne de manière absurde et qu’il est construit comme un château de cartes voué à s’écrouler dès lors qu’un événement perturbera notre approvisionnement en ressources matérielles et en énergie depuis l’extérieur.

Revenons donc à notre hôpital, et plus généralement à la disparition des services publics dans nos campagnes. Que faire pour empêcher le gouvernement de nous déshabiller ? Puisque il ne dispose pas de fonds supplémentaires, l’option la plus évidente serait de le contraindre, par toutes les formes de luttes qui s’offrent à nous, d’arbitrer en notre faveur au détriment d’une autre de ses politiques. Cette méthode a déjà fonctionné par le passé.

Mais un problème majeur se pose : ce gouvernement est sourd à toutes les revendications d’ordre social. Même les gilets jaunes qui crient leur misère par centaines de milliers, en menant des actions d’ordre quasi-révolutionnaire, n’ont obtenu que des concessions mineures et ne parviennent pas à infléchir la politique. Aussi, lorsqu’on combat quelque chose, on le renforce, et on assiste au raidissement du gouvernement et de toute l’aile droite du pays. La communication devient de plus en plus difficile entre conservateurs et progressistes et les invectives et le mépris sont de plus en plus souvent présents dans les échanges. Nous abordons des zones dangereuses qui font le terreau de la montée du fascisme et des guerres civiles.

Les élus locaux peuvent-ils faire quelquechose ? Dans l’Indre, le 12 octobre dernier, 69 maires et adjoints ont déposé collectivement leur démission pour protester contre la fermeture de la maternité. Une semaine plus tard était voté par le conseil de surveillance la fermeture de celle-ci. La encore, le gouvernement s’est comporté de manière complètement autiste.

Depuis 10 ans que nous manifestons pour le maintien de nôtre hôpital, nous avons certes gagné du temps, mais au final les technocrates parisiens sont parvenus à leurs fins. Les élus locaux assistent impuissants au dépouillement des services de santé du Diois qui ne font pas partie de leurs prérogatives. On sera toutefois surpris de leur assentiment obtenu avec une carotte : ils avaient ces derniers temps renoncé à protester contre la fermeture de la maternité en l’échange de la construction d’un hôpital neuf qui serait bâtit sur les terres agricoles situées près de l’actuelle piste d’hélicoptère à Die, route de Ponet. Voilà une nouvelle aberration : alors que le bon sens face au changement climatique impose d’isoler les bâtiments existants et de limiter les déplacements, on irait construire un bâtiment neuf à 3kms de Die, en consommant des ressources naturelles (les matériaux de construction et les carburants requis pour sa construction), en détruisant des terres agricoles (ce qui est proscrit par la charte Biovallée à laquelle la plupart des communes du Diois et plus notamment la ville de Die sont adhérentes) et en obligeant les résidents du centre ville à prendre un moyen de transport pour s’y rendre.
Ce sont aussi les quelques 300 emplois de l’hôpital qui vont se retrouver délocalisés sur Cocause, marquant ainsi à une nouvelle étape de dévitalisation de notre centre ville, déjà fortement mis à mal.
Certains affirment en outre que le budget de 12 millions d’euros alloué à l’opération est très insuffisant pour un hôpital, ce qui peut faire craindre une nouvelle entourloupe de l’état et une nouvelle baisse des moyens. Ainsi nous n’aurions pas les moyens de maintenir un bloc chirurgical à Die, mais nous en aurions assez pour construire un hôpital tout neuf ? Quelle est donc cette escroquerie intellectuelle ?

Voilà une absurdité que nous ne sommes pas tenus d’accepter et sur laquelle nous pouvons encore agir. Nous invitons tous les Diois à être vigilants et à élever la voix. Nous demandons également aux élus locaux et à l’ARS de s’expliquer publiquement sur les fondements, les bénéfices attendus et sur la méthode démocratique de ce projet, décidé sans informer ni consulter la population sur un sujet qui revêt pourtant la plus haute importance et pour lequel les citoyens se sentent ostensiblement concernés, ce n’est plus à démontrer !

Le terrain sur lequel serait construit un potentiel nouvel hôpital à Die

Ce projet rejoint l’aberration de la politique actuelle du gouvernement qui conduit à la fermeture de services et de petites maternités à taille humaine pour les concentrer dans des gros CHUs construits comme des villes, immenses tours de bétons ou un grand nombre de pièces n’ont pas même de fenêtres et ou le degré d’humanité du personnel est souvent impacté par la faible qualité de ses conditions de travail.

D’une part il est évident que l’éloignement de ces services font peser des risques majeurs sur notre santé en cas d’urgence, et les deux accidents déjà survenus depuis la fermeture de la maternité sont là pour nous le confirmer : une maman a été forcée d’accoucher dans la voiture et une autre a vu son bébé mourir in utéro qu’après que le super hélicoptère a mis 3 heures à arriver, faute d’être disponible. Il est certain que ce n’est qu’un début et que d’autres accidents surviendront. Nous en tiendrons le compte et tiendrons les élus de La République En Marche responsables de ceux qui auraient pu être évités.

D’autre part, à l’heure du réchauffement climatique ou il faudrait relocaliser les services pour limiter les transports et donc les émissions de CO2, ce sont donc les malades et toutes les personnes qui les visitent parfois quotidiennement (on pense particulièrement aux jeunes papas), qui devront effectuer et financer 2 heures de voiture aller-retour ou plus pour se rendre sur Valence ou Montélimard.

Prendre de telles de décisions, c’est bien la preuve d’une incompréhension totale des enjeux de dignité humaine, de mobilité et de changement climatique. Et Célia de Lavergne, la députée LREM de notre circonscription d’avoir le toupet de venir réaliser à Die une consultation citoyenne sur le thème de la mobilité, en réalité une opération de communication ! Emmanuel Macron, lui, se trouve soudainement la fibre verte à l’approche des élections Européennes et voudrait nous trouver 1000 milliards pour la transition écologique ! Pour être crédible, il faudrait qu’il mette d’abord ses actes en cohérence avec son discours.

On le voit, cette problématique de la santé locale est étroitement liée au contexte national et même mondial si l’on en prend en compte la question du climat qui est l’enjeu majeur de notre futur. A tout ceux qui s’abstiennent de voter aux élections nationales et Européennes en décrétant que cela ne sert à rien et n’a aucun impact sur leurs vies, la fermeture de la maternité de Die et les nouvelles atteintes portées à notre système de santé démontrent le contraire.

Pour autant la portée de notre vote nous semble trop limitée et certains se sentent plus puissants à militer et combattre, d’autant plus quand on comprend à quel point le fonctionnement de nos institutions est voué à l’échec à plus ou moins long terme, notamment au regard des motifs exposés plus hauts. Quelque chose a pourri dans notre démocratie et se battre pour en obtenir des miettes ne résoudra pas le problème fondamental qui est lié à la nature de son fonctionnement : sa dépendance à la croissance liée au système de la dette avec intérets, son contrôle par ceux qui tirent les bénéfices financiers de la mondialisation, sa hiérarchie pyramidale et la prise de décisions au plus haut niveau sans qu’il soit comptable de l’intérêt général et en étant sourd aux retours de la base.

Objectivement ce système est à bout de souffle et il nous faut en changer. En l’absence d’annulation de la dette publique et en poursuivant les politiques libérales, il est inéluctable que l’état se désengage toujours plus et que nos services publics disparaissent. Déjà hier, le 3 juin, le FMI demandait à la France de mener un nouvel effort ambitieux sur sa dette publique.

A partir de ce constat, comment est-ce qu’on s’adapte ? Plutôt que dilapider notre énergie à nous battre contre un état autiste et moribond, il nous apparaît plus productif de construire de nouvelles initiatives, de tester des pistes alternatives et de travailler pour construire un nouveau modèle de société plus proche des citoyens, plus local, plus démocratique et totalement durable. Travailler « pour » plutôt que lutter « contre », c’est l’objet de Diois en commun(s).

Sur la question de la santé dans le Diois, le problème est complexe. Nous vous proposons de réfléchir à ces questions tous ensemble et de mettre en œuvre notre intelligence collective pour évaluer les meilleures options possibles et les mettre en œuvre. Ceci concerne d’ailleurs la disparition de nos services publics au sens large. Comment s’unir et contraindre le pouvoir national à prendre en compte nos besoins ? Comment nous organiser collectivement avec notre pouvoir local pour palier a son désengagement quand c’est possible ? Alors nous serons tous co-responsables de la politique sur notre territoire. Mais il importe également de porter ce fonctionnement au niveau national car, sur des questions comme la santé, la portée des mandats des élus locaux et leurs financements sont inexistants. Le vent tourne et partout en France des initiatives citoyennes surgissent. Il faut maintenant parvenir à les fédérer, et ceci ne sera possible qu’à travers l’implication active d’un grand nombre de citoyens : nous n’aurons pas un monde meilleur sans mouiller la chemise.

 

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